Le fondateur et les chefs de la propagande Européenne, dont les francs maçons, tenaient à tout prix à ce que Bonaparte reçoive le grade suprême de leur société. C’était la troisième initiation. Un grand nombre d’initiés s’étaient réunis à Rome pour l’introniser. La préoccupation de Bonaparte était tout autre, celle de poursuivre ce qui restait de l’armée Autrichienne. Il fit savoir qu’il ne pouvait consacrer qu’une seule journée à cette  cérémonie!..

                   Toutes les précautions furent prises pour qu’il ne soit suivi ; deux guides le conduisirent au milieu d’une campagne autour de Rome. Un souterrain s’ouvre sous leur pas à un signal donné ; ils marchent quelque temps dans une semi- obscurité ; après un détour, une lumière encore éloignée frappe leur regard ;elle éclaire un char qui paraît immobile ; ils approchent, les guides y montent avec Bonaparte. Ils restent debout et roulent, des hommes aux flambeaux les précèdent.

                La longue galerie qu’ils parcourent est sillonnée de trônes et d’autels entre lesquels des groupes épars en habit des divers âges baissent leurs piques surmontées de banderoles et armoiries ainsi que du bonnet phrygien adopté par la France comme signe de son indépendance. Le char s’arrête devant une porte triangulaire ; ils descendent et pénètrent dans une première salle où douze hommes couverts d’une simple tunique leur commandent le silence. Ils leur donnent de nouveaux vêtements ; tunique bleue, une mante blanche bordée d’une large bande écarlate ; des sandales d’un genre antique forment leurs chaussures. À leur ceinture est suspendu un sabre ;une toque de drap sans ornement couvre leur tête.

 Une voix s’écrie : «  Le Sénat t’attend ».

Les deux guides s’éloignent. Douze autres hommes se réunissent à eux ; ils sont armés d’une hache brillante ; ils frappent à la porte qui est devant Bonaparte et se partagent en deux groupes ; l’un le précède, l’autre le suit ; la porte se referme et le cortège s ‘arrête.

                Deux vieillards s’approchent de Bonaparte lui ôtent sa mante, son sabre et tous les habits dont on l’avait revêtu en entrant. On lui remet ses habits français  avec les diverses épaulettes qui distinguent les généraux de premier rang.

                  On lui dit : rappelles-toi que ta haute fortune est l’ouvrage de tes frères. Ce n’est pas pour toi qu’ils t’ont fait grand. De nouvelles faveurs t’attendent ; Tu vas être plus que jamais puissant. Nulle réputation n’égalera la tienne ; tu seras le plus fort des enfants des hommes en pouvoir et en renommée. Mais si tu trahis tes serments, tes frères qui les ont reçus t’abandonneront !,,,, Ta gloire s’évanouira comme un météore, tu tomberas avant le temps.

                Puis, une double porte de bronze roule sur ses gonds On le fait entrer  dans une nouvelle galerie  largement éclairée. Huit guerriers d’une haute stature l’élèvent sur un bouclier  et se dirigent  vers un cénotaphe. Un des deux vieillards  lui dit : «  les lumières  des sages ont éclairé le monde ; les armes de tes guerriers ébranleront tous les trônes. Nous ne trahirons pas le secret de tes triomphes, reste fidèle à la cause sacrée. L’auguste Sénat t’attend ; va remplir ta destinée ».

              Partout, on t’appellera  le défenseur des peuples. N’oublie pas que tes frères sont là pour te préparer les voies. Remets entre mes mains ton épée et tous tes attributs de ton pouvoir militaire. Tu ne dois plus les revoir que sur l’autel de l’indépendance à la grande fête  de la confédération Européenne.

               Si l’éclat d’un trône a des attraits pour toi, si ton âme ne repousse pas avec horreur, l’idée de régner sur tes frères, va recevoir le noble grade qui t’est réservé. Mais si tu n’es qu’un conquérant ordinaire, crains une inévitable chute. La France, L’Italie, L’Allemagne peuvent -être libres sans toi. Toi, tu ne peux rien faire sans nous. Réfléchis avant de franchir la dernière enceinte ! «  Entrons dit-il !… ».

              Le vieillard le prend par la main pour l’introduire dans l’enceinte sacrée qui communique à la porte latérale du Temple.

               Bonaparte était loin de se voir devant une assistance aussi nombreuse et fut étonné d’y reconnaître des officiers  de son Armée, des magistrats nommés par lui et beaucoup d’hommes avec lesquels il avait eu des relations  à Paris ,en Corse,. en Provence et en Italie. Ils étaient tous debout dans leur costume une mante rouge et sur leur tête le bonnet de guillaume Tell.     

                Deux grands dignitaires de l’ordre  prononcèrent : »  Nous te demandons pour le frère ici présent, les insignes du grade suprême. Qu’il soit le premier des égaux et qu’après avoir prêté le  serment solennel, il soit proclamé par toi au nom  de la confédération des sages de la grande Nation Européenne ». Après la cérémonie, Bonaparte s'éclipsa pour rejoindre Milan . Ses préoccupations étaient toutes militaires . Il lui fallait consolider ses victoires de Lodi et d'Arcole ou les armées autrichiennes avaient été écrasées